© Henri Garat/Mairie de Paris

A deux pas du Centre Georges-Pompidou, les amateurs d’architecture gothique peuvent observer les superbes voûtes, entrelacs et statues ornant la façade de l’église voisine, Saint-Merri. Mais la déception risque de suivre de près l’émerveillement, à la vue de nombreux filets de sécurité, posés çà et là pour empêcher toute chute de pierre accidentelle qui, partout, semblent la coiffer. Saint-Merri est une église malade, dans un état de décrépitude alarmant, comme bon nombre d’autres.

Saint-Eustache, Saint-Augustin, la Madeleine, Saint-Louis-en-l’Île, la Sainte-Trinité, Notre-Dame-de-Lorette, Saint-Vincent-de-Paul, Saint-Germain-des-Prés… La liste est longue de ces joyaux de la capitale qui, faute de financements suffisants, voient aujourd’hui leur état de plus en plus dégradé. Les pouvoirs publics, la Ville de Paris au premier chef, sont pourtant chargés de l’entretien, de la rénovation et de la valorisation de ce patrimoine. La loi de 1905, en effet, dispose que c’est aux communes de prendre soin du patrimoine cultuel construit avant cette date butoir.

Rénover une église n’est pas agir contre la laïcité, au contraire, c’est respecter la loi de séparation des Églises et de l’État, c’est surtout respecter notre histoire, notre mémoire. Rénover une église ne doit pas être vécu comme une décision honteuse, une obligation à assumer en catimini, mais comme une fierté, une volonté de faire coïncider patrimoine et modernité.

La Ville de Paris a annoncé, en avril dernier, la mise en place d’un plan pour le patrimoine cultuel de 80 millions d’euros d’ici à 2020. Il s’agit d’une goutte d’eau, alors que des associations de défense du patrimoine estiment plus volontiers l’investissement nécessaire à 500 millions d’euros.

Bien évidemment, dans un contexte de finances publiques exsangues, débloquer des fonds supplémentaires demande une gymnastique complexe à l’exécutif parisien. Un recours au mécénat est annoncé. C’est positif. Mais cela sera-t-il suffisant ? Le financement participatif, sauveur de nos églises ? Il faudra plus. Il faut une mobilisation de toutes nos ressources, y compris des députés et des sénateurs, qui doivent, encore plus qu’ils ne le font déjà, prendre leur part dans le financement de ces travaux de rénovation, grâce à la réserve parlementaire.

Mais pour dégager de réelles marges de manœuvres financières, il faut faire preuve d’imagination. Au-delà d’un simple enjeu de sauvegarde de patrimoine, la question qui se pose avant tout est celle de la valorisation de ces édifices. Ce blocage issu d’une mauvaise compréhension de la loi de 1905 ne favorise pas la bonne entente entre les bénéficiaires des murs des églises et leur propriétaire, la Ville.

Un exemple : chaque église est un petit musée à elle toute seule. Mais elles sont isolées, ne communiquent pas avec les établissements publics, musées, bibliothèques, centres d’animation, qui pourraient au contraire créer des synergies, voire apporter des ressources occasionnelles, qui, par la suite, pourraient aider à la restauration du bâtiment ! Une collaboration en bonne intelligence, dans le respect de la loi de 1905, serait profitable à tous.

Voilà pourquoi ce plan annoncé par la Ville de Paris nous paraît insuffisant. Aucun travail de valorisation ne semble envisagé. Dès qu’il s’agit d’églises, on a la restauration honteuse. Au contraire, mobilisons-nous tous pour sauvegarder ce patrimoine et soyons-en fiers.

Edith Gallois, Conseillère régionale d’Ile-de-France et Conseillère de Paris (XIIIème)

Publié dans Valeurs Actuelles le 11/06/15 : http://www.valeursactuelles.com/halte-a-la-restauration-honteuse-53621