Depuis plusieurs semaines, impossible de passer à côté du scénario catastrophe d’une Seine débordant de son lit et inondant Paris et l’Île-de-France de ses eaux.

Les pouvoirs publics l’assurent à coups d’une grande campagne de communication et d’exercices grandeur nature : Ils sont fin prêts à gérer la grande crue centennale.

Hélas, bien que ces exercices soient hautement nécessaires et que le professionnalisme des forces de sécurité en la matière ne soient plus à démontrer, les gesticulations des responsables publics risquent bien de s’avérer inefficaces et vaines en raison de leur passivité coupable pour prévenir en amont une telle catastrophe naturelle. Cette agitation médiatique masque les grandes occasions ratées qu’ils ont eu de gérer bien en amont l’enjeu d’une crue centennale.

Ainsi, le projet de barrages-réservoirs de La Bassée élaboré en 2001 par l’institution des Grands Lacs de Seine, qui permettrait selon les estimations de stocker 55 millions de m3 d’eau et ainsi de réduire de 30% les dommages dus à une crue de type 1910, n’a jamais connu le soutien qu’il aurait dû avoir par les pouvoirs publics, arguant que son coût de 500 millions d’euros ne justifiait pas un tel investissement. Sur les dix casiers que compte le projet, un seul sera réalisé à l’horizon 2020.

Nous assistons à des pouvoirs publics qui, derrière le masque d’une communication bien huilée, apparaissent en réalité impuissants à mettre en œuvre un investissement vital pour protéger Paris et sa région et préfèrent se complaire dans une vision court-termiste de gestion des crises immédiates. L’absence de gouvernance et la confusion générée par la multitude d’intervenants, que ce soit l’Etat, la ville de Paris, les départements, la région Ile-de-France, ou plus récemment, Paris Métropole, a permis à chacun de se déresponsabiliser, et tous seront demain responsables des conséquences d’une telle crue.

Un investissement de 500 millions d’euros, n’est pourtant qu’une goutte d’eau par rapport aux 40 milliards d’euros de dégâts directs prévus par l’OCDE à l’échelle du Grand Paris. Une broutille également comparé aux seuls budgets cumulés de la collectivité parisienne en 10 ans, près de 110 milliards d’euros, qui a préféré les aménagements ludique aux abords de la Seine, comme Paris-Plages, le développement de bars et de restaurants sur les quais de la rive gauche ou des animations de la Nuit Blanche, plutôt que des aménagements en termes de sécurité et de renforcement des digues. Il est plus que jamais nécessaire de revenir sur ces décisions et d’investir massivement pour un tel projet, ainsi que dans la recherche de solutions complémentaires.

 

Yves Pozzo di Borgo

Sénateur de Paris

Conseiller de Paris (VIIème)