Paris, le 1er juin 2016

 

Le mois de mai 2016 aura été le plus pluvieux à Paris depuis 1873. Et alors que la Seine est entrée en crue, avec une montée jusqu’à 3,82 mètres hier après-midi, entraînant la fermeture des voies sur berges, Vigicrues prévoit une montée supplémentaire jusqu’à 4,5 mètres d’ici vendredi.

Les experts s’accordent jusqu’à présent pour dire que les conditions ne sont pas encore réunies pour craindre un épisode de crue centennale équivalente à celle de 1910, qui aurait des conséquences désastreuses pour la capitale, l’Ile-de-France, et a fortiori, le pays entier, l’OCDE chiffrant le coût des seuls dégâts directs à l’échelle du Grand Paris à 40 milliards d’euros.

Cependant, cette épée de Damoclès a rarement été aussi proche de nos têtes, et les situations de crues dans les départements de la Seine et Marne, du Loir-et-Cher, de la Marne ou de l’Yonne, bien que localisés, doivent plus que jamais nous alerter sur la réalité de la capacité de résilience de la capitale en matière de crue de la Seine.

Car si l’opération Sequana, organisée il y a quelques mois pour simuler une situation de crue centennale, a permis de tester un dispositif d’urgence et de gestion des conséquences, force est de constater qu’en matière de prévention, en amont, Paris et son agglomération sont encore loin du compte.

En refusant, depuis 2001, de lancer le projet de barrages-réservoirs de la Bassée en amont de la Seine, l’Etat, la Préfecture et la Ville de Paris font preuve d’irresponsabilité. Rappelons que ce projet permettrait, selon les estimations de l’institution des Grands Lacs de Seine, de stocker 55 millions de m3 d’eau. Le dispositif de la Bassée  devrait permettre d’éviter de dépasser le seuil critique au-delà duquel les dégâts sont exponentiels en réduisant de 30% les dommages en cas de crue de type 1910.

L’attentisme des pouvoirs publics depuis des années s’avère incompréhensible. Le choix de n’expérimenter qu’un seul casier de retenue d’eau d’ici 2020 à La Bassée, sur les dix proposés par Grands Lacs de Seine, ne répond à aucune logique ni technique ni économique. Or, les épisodes de crue de ces derniers jours nous rappellent que l’heure n’est plus à l’expérimentation, mais à la prise de décision et à la réalisation de toutes les solutions qui permettraient, mises bout à bout, d’éviter une catastrophe dont Paris, et la France, mettraient des années à se relever.

 

Yves Pozzo di Borgo

Sénateur de Paris

Conseiller de Paris (7ème arrondissement)