© Henri Garat/Mairie de Paris

Depuis le 7 janvier 2015, une question revient sans cesse : que peut-on faire, à quoi sert-on? La marche du 11 janvier nous a réchauffé le cœur, mais s’il y a eu un avant Charlie, que ferons-nous de l’après-Charlie ?

 

Le 27 janvier 2015, la commémoration des 70 ans de la libération d’Auschwitz est venue comme un écho nous rappeler que l’horreur emprunte les chemins les plus simples, ceux de la lâcheté et de l’indifférence. Le 27 janvier 2015, nous avons promis aux survivants que l’on n’oublierait pas les ravages du nazisme et que l’on protégerait la mémoire de chacun d’entre eux. 70 ans après, pouvons-nous dire aux rescapés de l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes la même chose qu’aux rescapés des camps ? Il n’est même pas besoin d’envisager une réponse tellement elle souligne notre impuissance, notre inconséquence à avoir cru qu’il suffisait de vivre à côté pour vivre ensemble.

Mais ce n’est pas parce que la situation est désolante qu’il n’y a plus d’espoir. De grands malheurs, peuvent renaître des petits bonheurs. N’oublions pas que le mois de janvier nous invite également à célébrer la naissance en 1863 de Pierre de Coubertin, humaniste visionnaire, initiateur des Jeux olympiques modernes. Il est alors peut-être temps d’entendre ses propos d’une extrême modernité : “Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre”.

Message d’espoir?

Songeant à “l’esprit olympique qui exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play”, on se dit que Paris, pour transcender sa douleur, se doit d’organiser les prochains Jeux olympiques en 2024. Que toutes les valeurs que l’on cherche en vain à faire revivre sont portées par l’esprit des JO. Si, après avoir été meurtrie, Paris accueillait les grands sportifs du monde entier, capables d’accéder au dépassement d’eux-mêmes dans un esprit d’amitié, notre Ville délivrerait alors un magnifique message d’espoir et la France conforterait sa position de terre des droits de l’Homme.

Toutes les valeurs que l’on cherche à transmettre aux enfants de France se retrouvent dans l’esprit olympique, dans le sport “qui constitue un élément important de l’éducation, de la culture, de l’intégration et de la vie sociale”(*). Plus qu’un symbole, les anneaux olympiques à Paris seraient le signe d’un renouveau, celui d’un pays, qui grâce à l’effort retrouve le goût du vivre ensemble. Alors que la candidature de la Ville aux JO souffrait de la concurrence de l’Exposition universelle, toutes les réticences se lèvent une à une.

Les JO 2024 coûteraient moins cher que ceux planifiés en 2012 par Bertrand Delanoë, de nombreuses structures ayant été construites et seraient surtout un formidable accélérateur pour les investissements du Grand Paris. Même la qualité de la candidature de Boston pourrait ne pas faire le poids face à celle de Paris… Peut-être que cent ans après les derniers Jeux organisés à Paris, tous ces arguments économiques et politiques vont convaincre Anne Hidalgo du bien-fondé d’une candidature aux JO 2024 ?

Mais peut-être aussi que la maire de Paris comprendra que la France a besoin de ce défi commun, que Paris a besoin de ce projet fédérateur. Ce temps particulier que nous vivons depuis le 7 janvier nous offre aussi la possibilité de parler avec notre cœur, alors oui madame la Maire, parlez avec votre cœur et portez la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024 !

*Loi n°84-610 du 16 juillet 1984

Ann-Katrin Jégo, Conseillère de Paris (XVIème)

Publié sur Le Cercle – Les Echos le 8/02/15 : http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-122178-au-bonheur-des-jeux-1091210.php