Paris, le 2 octobre 2019

 

Le projet de rénovation et d’extension de la Gare du Nord est un projet délicat, difficile mais pourtant indispensable pour la Ville de Paris.

Délicat, parce qu’il s’agit de la première gare d’Europe en termes de trafic, ainsi que d’un bâtiment dont la valeur patrimoniale n’est plus à démontrer puisque classé aux monuments historiques.

Difficile, parce que le projet se fait dans un espace contraint, sans grand parvis, enserré au cœur d’un des arrondissements les plus denses de Paris.

Indispensable, car il s’agit de la dernière gare parisienne qui n’a pas été rénovée, mais aussi car il faut répondre à l’augmentation du nombre de voyageurs, qui passera de 220 millions par an aujourd’hui à 260 millions en 2024, et être prêt pour accueillir les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, pendant lesquels la gare du Nord sera la porte d’accès des différents sites olympiques.

Or, depuis la présentation du projet à l’été 2018, la Ville a accompagné le projet à chacune de ses étapes, sans poser de conditions ni amender les points les plus problématiques : hauteur du bâtiment, part des surfaces commerciales, circulation des bus, intermodalité, ergonomie des espaces pour favoriser les lieux, les moments d’échanges, les circulations, les espaces d’attente et d’accès aux quais au sein de la future gare.

Le projet actuel est porté par une société d’économie mixte composée de SNCF Gares & Connexions et d’une filiale d’Auchan, CEETRUS, ce qui permet de donner un équilibre financier au projet. Cependant, en cherchant par tous les moyens à maximiser la rentabilité commerciale, le projet a peut-être dilué les priorités essentielles : une meilleure desserte de la Gare et un meilleur confort des voyageurs.

Comment la Ville de Paris peut-elle faire semblant de découvrir les excès, les inconvénients, les remarques formulées à l’encontre du projet, alors que depuis le début, et jusqu’à l’avis positif donné en juillet, elle en a accepté tous les termes, – y compris dans les réserves très superficielles qui concluaient la délibération, qui ne concernent que la préservation des espaces verts, la qualité de l’aménagement des espaces publics et de la gestion des flux, et à aucun moment les questions de surfaces commerciales ou de hauteur.

Tous ces points d’achoppements sont autant de sujets qui pourraient amener une nouvelle phase de concertation avec les porteurs du projet, mais pourquoi faire soudainement volte-face contre un projet que la Ville a suivi, accompagné, et sur lequel elle a fait voter un avis favorable ?

La tribune de Jean-Louis Missika et Alexandra Cordebard s’apparente à un véritable virage au frein à main de la Ville : on fait d’un grand projet de rénovation urbaine de la Gare du Nord une petite monnaie d’échange pour de minables intérêts électoraux.

La nature mixte du projet et le statut public et privé des deux opérateurs SNCF et CEETRUS, la recherche d’un équilibre économique à travers la rentabilité des espaces commerciaux et de bureaux, et enfin le problème de la hauteur sont autant d’épouvantails pour les groupes écologistes et communistes, partenaires de Madame Hidalgo. C’est la raison pour laquelle cette décision d’abandonner son soutien  au projet révèle plus la faiblesse d’un exécutif à bout de souffle qui doit, pour conserver les faveurs électorales de ses partenaires du 1e ou 2e tour, procéder à un troc politique, fait dans le dos des électeurs, des habitants du 10e arrondissement et des voyageurs.

Le comble de cette mascarade, c’est de prétendre qu’on peut substituer tout partenaire privé par un tour de table organisé par le préfet Ile-de-France, qui mettrait à contribution toutes les collectivités sur de l’argent public ! Ce doux rêve de générosité en lien avec les autres collectivités franciliennes est un miroir aux alouettes qui prêterait à sourire si le sujet n’était pas aussi grave.

Il ne s’agit pas de donner un blanc-seing à un projet mal ficelé qui mérite de rester ouvert et de prendre en compte un certain nombre d’amendements et de remarques, mais de rappeler au moins notre impératif de rendre une Gare du Nord rénovée, agrandie, modernisée, digne d’accueillir de nouveaux flux de voyageurs et les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024.

 

Eric AZIERE

Président du groupe UDI-MoDem du Conseil de Paris

Conseiller de Paris (14e)

Conseiller de la Métropole du Grand Paris