Madame La Maire, mes chers collègues,

Comment ne pas commencer ce débat en ayant une pensée émue pour Jean-Luc Romero. Vous avez souhaité lui adresser un message de soutien et de sympathie Madame la Maire, je veux bien sûr m’associer à ce message, tout comme les élus du groupe UDI-MoDem et j’imagine l’ensemble de cette assemblée en adressant à mon tour à Monsieur Romero mes plus sincères condoléances.


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Concernant le texte qui nous est présenté aujourd’hui, j’aimerais tout d’abord commencer par dresser un constat : Oui, Paris a été et reste aujourd’hui un haut lieu de la culture LGBTI dans le monde. Cependant, et c’est justement le constat que faisait Monsieur Romero dans le rapport qu’il a remis à la maire de Paris en juin 2017, Paris est en perte de vitesse et n’est plus aussi incontournable qu’il y a encore quelques années en termes de visibilité et d’offre LGBTI. Ainsi, vous l’avez rappelé Madame la Maire, si Paris est depuis le 30 mai la ville la plus gay-friendly au monde selon le site misterbnb, elle est devancée par Berlin et Amsterdam dans ce classement par le voyagiste Expedia. De même, le site Nestpick, qui propose des locations à moyen terme partout dans le monde, classait Paris en 11ème position de son classement des meilleures villes LGBT 2017. Je voulais aussi signaler que la Marche des Fiertés parisienne a perdu de sa splendeur face à la concurrence de villes comme Berlin, Londres, Madrid ou encore Tel Aviv. Il y a donc des marges de progrès importantes et vous tentez justement de les explorer tout au long de cette communication.

J’aimerais commencer par faire une remarque générale sur le texte qui nous est présentée : celui couvre un spectre très large de domaines et je dois avouer que l’on a parfois un peu de difficulté à distinguer ce qui relève de l’intention, de la proposition ou de l’action concrète.

Cela étant dit, notre groupe UDI-MoDem salue bien sûr les nombreuses initiatives prises par la Ville pour promouvoir aussi bien la culture LGBTI que la défense des droits des personnes LGBTI sur le territoire parisien mais aussi dans le monde. Vous pouvez compter pour cela sur un large et riche réseau d’associations, présentes dans tous les arrondissements, et qu’il convient bien sûr de soutenir. 

Avant de revenir sur différents points de cette communication, j’aimerais commencer par évoquer un manque que nous trouvons flagrant dans votre communication : celui d’une réelle réflexion sur l’évolution du quartier du Marais !

Vous le dites vous-même, ce lieu reste identifié comme le cœur de la vie LGBTI parisienne et il n’est pourtant cité que deux fois dans votre communication. Or, comme nous avions eu l’occasion de le signaler dans notre contribution au rapport de Monsieur Romero, notre groupe s’inquiète de l’évolution de ce quartier. En effet, l’augmentation continue des prix de l’immobilier et la multiplication des meublés touristiques dans le cœur de Paris conduisent à changer la nature du Marais et les boutiques de luxe remplacent peu à peu les commerces et activités traditionnels dans un mouvement de gentrification qui semble difficilement contrôlable. Il est grand temps de mettre en place des actions concrètes pour que ce quartier, berceau historique de la culture LGBTI à Paris, puisse conserver ce statut. Les propositions du rapport de Monsieur Romero à ce titre mériteraient d’ailleurs d’être reprises (créer un circuit historico-touristique, mieux identifier le quartier).

De même, votre communication ne mentionne pas les nombreux établissements, notamment dans le Marais, qui sont en grande difficulté, alors même qu’ils représentent des lieux originaux de culture LGBTI. Je prendrai ainsi l’exemple de la Mutinerie, l’un des derniers bars lesbien du centre de Paris qui est d’ailleurs aussi une bibliothèque féministe. Cet établissement a déjà subi plusieurs fermetures administratives et les travaux d’insonorisation qui y sont nécessaires sont évalués à 80 000 euros. Il ne s’agit bien sûr pas de faire bénéficier à ces bars de traitements différenciés, notamment en matière de nuisances, mais ces lieux font partie de la culture LGBTI parisienne et ils se doivent à ce titre d’être accompagnés. Il est tout à fait honorable de vouloir mettre en place un Centre d’Archives et des Mémoires LGBTI à Paris, il convient aussi d’entretenir le patrimoine vivant de la culture LGBTI parisienne.

Un mot d’ailleurs sur ce Centre. Notre groupe soutient bien sûr ce projet et se réjouit de pouvoir enfin entrevoir une issue positive. Comme vous le rappelez dans votre communication, le travail a été lancé depuis des années et il est temps qu’il aboutisse. Si vous fixez des échéances, comme par exemple pour le lancement d’un éventuel appel d’offre, nous regrettons qu’il n’y ait aucun engagement en termes de calendrier sur l’ouverture de ce Centre. De même, vous souhaitez utiliser les locaux d’une mairie d’un des arrondissements fusionnés pour installer cette structure, je rappellerais donc ici que le groupe UDI-MoDem souhaite que l’utilisation des futures mairies vacantes fasse l’objet d’un débat global et ne soit pas décidée en catimini.

Un autre point sur lequel nous souhaiterions avoir des précisions concerne le tourisme. Il est surtout question dans votre communication des Gay Games qui se tiendront début août et nous regrettons d’ailleurs, tout comme l’association Centr-égaux, que le soutien de la Ville à cet événement majeur ne soit pas plus visible, notamment dans les centre sportifs et sur les bâtiments de la Ville, alors que nous sommes juste à 2 mois du coup d’envoi. Plus globalement, cette partie de votre communication manque d’une vision globale et surtout d’actions concrètes, au-delà des Gay Games pour développer l’attractivité de Paris auprès du public LGBTI. Cela fait malheureusement écho à la fiche action 13 de la Stratégie Tourisme adoptée en novembre 2016 qui manquait elle aussi d’actions concrètes. Qu’en est-il ainsi de « l’événement de la Ville de Paris en faveur des cultures LGBT » qui était prévu dans cette fiche action dans le cadre de la Marche des fiertés ? De même, au-delà de la « mobilisation de l’ensemble des acteurs culturels de Paris » promise pour l’année prochaine dans le cadre de la Quinzaine des Fierté, quelles sont les mesures concrètes qui sont mises en œuvre pour faire de la Marche des Fiertés la vitrine touristique qu’elle doit être ? Là encore, Jean Luc Romero a fait beaucoup de recommandations pour renforcer l’attractivité de Paris dans son rapport et nous vous invitons à les prendre en compte.  

Le chapitre consacré à la santé n’est malheureusement pas très étoffé dans la communication que vous nous présentez. Nous soutenons bien sûr les initiatives qui sont proposées sur la présence de la Ville aux Solidays ou le renforcement des services de santé et de prévention pendant les Gay Games. Cependant, à l’instar de l’association Centr’égaux, nous pensons qu’il serait sans doute pertinent que cette offre soit renforcée toute l’année. La Ville pourrait ainsi encourager le développement de nouveaux centres de santé sexuelle, lesquels permettent d’offrir une offre globale sur la santé sexuelle, à l’image de ce qui est fait à l’Hôtel-Dieu depuis octobre dernier. De même, un renforcement des actions de communication ciblée vers les personnes LGBTI pourrait être envisagé.

Je souhaiterais enfin aborder un dernier sujet concernant le changement d’état civil. Comme vous le mentionnez, la Ville possède désormais la compétence en matière de changement de nom. Or, au-delà du changement de nom, le parcours de changement d’état civil des personnes trans dans son ensemble est souvent très complexe, alors même que le changement de sexe reste soumis à une décision d’un juge du Tribunal de Grande Instance. L’association Gaylib milite d’ailleurs pour une simplification de ce processus, qui répond à un besoin profond des individus concernés et résulte d’un long cheminement. Une réflexion sur le sujet pourrait être envisagée.  

Vous remarquerez enfin que j’utilise les lettres LGBTI plutôt que LGBTQI+ que vous avez privilégié dans votre communication. En effet, l’association Gaylib préconise d’éviter la lettre Q dans la mesure ou le terme Queer ou Questioning auquel il réfère ne correspond pas à une réalité factuelle, il n’existe d’ailleurs pas de définition consensuelle du terme. De même, le signe « + »  réfère à une catégorie fourre-tout, pas réellement valorisante. Il n’est aucunement question de polémiquer inutilement sur l’utilisation d’un acronyme ou d’un autre mais je souhaitais juste signaler cette petite divergence.

En conclusion, notre groupe UDI-MoDem souhaite donc bien sûr apporter son soutien aux mesures que vous proposez. Nous vous invitons bien sûr à continuer de soutenir le secteur associatif LGBTI en espérant qu’une réflexion plus complète et des actions concrètes seront bientôt engagées notamment sur l’avenir du Marais et le renforcement de l’attractivité parisienne.

Je vous remercie.

 

Eric Hélard

Vice président du Groupe UDI-MoDem

Conseiller de Paris (16è)

Conseiller métropolitain

Lien vidéo de l’intervention d’Eric Hélard sur la communication LGBT