Mes chers collègues,

Cher Emmanuel GRÉGOIRE,

En lisant votre communication pour préparer ce débat, j’étais partagé entre le sourire que provoque la légèreté de vos arguments et la gravité devant la situation budgétaire de Paris que vous ne pouvez plus masquer.

Vous mettez en avant une prétendue maîtrise des dépenses de fonctionnement, avec 3 % de hausse des dépenses de personnel, une prétendue stabilité fiscale, avec une fiscalité indirecte qui ponctionne les Parisiens dans tous les domaines de leur vie municipale, et un illusoire renforcement de l’autofinancement obtenu, on le sait très bien, grâce à l’intégration des loyers capitalisés dans les recettes de fonctionnement.

Malgré ce constat d’une gestion inconséquente, il faut avouer que vous avez bénéficié d’un contexte immobilier exceptionnel qui constitue d’ailleurs la seule raison d’un équilibre budgétaire apparent.

Vous êtes un sacré veinard, Monsieur GRÉGOIRE, et vous le reconnaissez vous-même.

 

En effet, il faut avouer que vous faites face à une baisse inexorable des dotations de l’Etat depuis 2010, au rythme de près de 200 millions d’euros chaque année, et une inexorable montée des dépenses de solidarité d’une part et de péréquation d’autre part, de 80 à 100 millions par an, sans aucune économie réelle dans vos dépenses, parce que celles que vous mettez en avant dans votre communication sont dérisoires, 8 millions par-ci, 1 million par-là sur la rationalisation des implantations administratives, sur les charges à caractère général, autant dire des bouts de chandelle. Autant vous avez raison, être économe sur les petits budgets et dépenser sur les gros budgets, c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes budgétaires ; ce serait mesquin de vous le reprocher.

Mais, en réalité, avec une hausse régulière des dépenses de personnel, que vous imputez entre autres à l’organisation des élections présidentielles, législatives et sénatoriales à Paris. Cela m’a fait sourire, car ces élections, votre majorité municipale les a perdues trois fois,  à chaque fois. Et si en plus c’est vous qui payez la facture, si en quelque sorte c’est vous qui trinquez et payez la tournée, cela fait un peu cher, je le reconnais. Et je comprends que vous les ayez repris dans votre argumentation, car cela laisse un goût amer.

Hausse des dépenses de personnel de 2,9 %, hausse des dépenses d’investissement, hausse de l’endettement de la Ville qui atteint 5,7 milliards au 31 décembre 2017, une dette qui croît à Paris de 500 millions par an depuis 2014, hausse des taxes en tous genres, stationnement, résidences secondaires, logements vacants, droits de place, services publics municipaux, je pense aux conservatoires, centres de loisirs et autres, taxe de séjour… Cette fiscalité indirecte qui ne cesse de croître et que vous ne voulez pas reconnaître, elle rampe tandis que vous revendiquez la stabilité de la fiscalité directe.

Tout ceci devrait vous avoir amené depuis longtemps à déposer le bilan, à rendre votre tablier budgétaire. Même la Cour régionale des comptes vous a alerté sur la soutenabilité financière du plan d’investissement de la mandature, que seule l’épargne brute, le recours à l’emprunt et les recettes d’investissement permettent de financer. En continuant à ce rythme de dépenses, la dette devrait frôler 8 milliards d’euros en 2020 quand nous ferons les comptes définitifs de votre gestion.

Mais c’est sans compter sur votre bonne fortune qui a mis la fée immobilière sur votre chemin.

Jamais l’immobilier parisien n’est venu à ce point à la rescousse de votre budget en perdition. Les recettes de fiscalité immobilière à Paris, de plus de 1,4 milliard, n’ont jamais été aussi importantes. Vous pouvez dire merci au marché immobilier parisien, qui, au prix de 9.300 euros le mètre carré, vous sauve de la faillite financière municipale. Il faut dire qu’à Paris quand l’immobilier va, tout va. Il est même question d’augmenter encore les droits de mutation et de les faire passer de 4,5 à 4,7 % à partir de 2019. C’est en tout cas ce qu’a annoncé le Premier Ministre Edouard PHILIPPE, ce qui augmenterait d’autant la part de la collectivité parisienne. Vous voyez que ce Gouvernement ne vous est pas totalement défavorable!

Si on ajoute à ce ruissellement immobilier, que l’on peut qualifier de torrentiel, l’augmentation de 2,3 % des contributions directes – taxe d’habitation, taxe foncière, cotisations foncières des entreprises, C.V.A.E., I.F.E.R., Tascom, l’augmentation du produit de la taxe d’habitation, plus 46 millions d’euros, la progression de 9 millions d’euros de la taxe de séjour, si l’on ajoute la location ou la vente des bijoux de famille, les redevances et recettes tirées du Domaine en hausse de 20 millions d’euros, si l’on ajoute le produit des cessions immobilisation, 100 millions d’euros, et les 273 millions d’euros des providentiels loyers capitalisés passés comme par magie en recettes de fonctionnement, c’est, sur ces différents postes immobiliers, 2 milliards d’euros de recettes qui sont rapportés au budget de la Ville de Paris.

Deux milliards d’euros de recettes immobilières, c’est à la fois une chance, mais c’est endémiquement une faiblesse pour le budget de la Ville de Paris de dépendre, à ce point et à ce niveau, de la spéculation immobilière sur le marché parisien. Au fond, cette spéculation vous convient et vous y participez d’ailleurs. En raréfiant le parc privé, vous l’entretenez.

Vous évoquez, pour conclure votre présentation du compte administratif 2018 et du budget supplémentaire 2018, une stratégie budgétaire. Mais cette stratégie budgétaire n’existe pas.

En réalité, la politique budgétaire de Paris repose essentiellement sur les recettes d’un marché immobilier pour lequel vous n’avez d’ailleurs aucune considération ni reconnaissance. Cette addiction financière au marché immobilier et le cynisme que vous portez à leurs acteurs caractérisent bien votre politique budgétaire.

Je vous remercie.

Eric Azière

Président du Groupe UDI-MoDem

Conseiller de Paris (14è)

Conseiller métropolitain

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