Plus ça va, et plus les débats du Conseil municipal de la Ville de Paris prennent la tournure d’une sympathique mais éprouvante pétaudière. Huit fois par an, ce qui est sans doute insuffisant, le Conseil de Paris, se réunit pendant 3 jours, tout au long desquels on étudie 200 à 500 délibérations municipales, autant de documents techniques ou politiques, qui portent de vrais sujets, méritent des débats importants et qui appellent l’expression légitime de toutes les sensibilités représentées au conseil. Cela devrait se faire normalement autour d’une ou deux communications de l’exécutif, ou de débats organisés, liés à quelques problématiques majeures pour Paris, puis par l’examen détaillé du reste des délibérations soumises à approbation.

Au lieu de cela, depuis quelques années, on multiplie les suspensions et interruptions de séance. Voici qu’il faut recevoir brusquement un visiteur officiel prestigieux à 11h du matin, ou procéder à l’audition hors conseil municipal, d’un Conseil Citoyen, de la Jeunesse, ou de la Nuit, quand ce n’est pas un exercice de formation de sécurité civile aux « gestes qui sauvent » en pleine après-midi. L’agenda de la maire de Paris, sur lequel les dates du conseil de Paris ne doivent pas être spécialement reportées, nous prive régulièrement de sa présence, y compris pendant des débats décisifs, comme celui sur la piétonisation des voies sur berges. Dès lors, la désorganisation ambiante des débats amène son lot de rappels au règlement, de demandes de suspensions de séance, généralement précédés de quelques cris d’orfraie, et de claquements de pupitres de la part de groupes politiques à bout de nerfs.

Comme s’il en fallait plus, on mêle, on enchevêtre, on superpose à ces documents d’exécution de la gouvernance municipale, des centaines de vœux plus ou moins en corrélation avec les compétences réelles de notre ville, et quelques fois pas du tout. Ainsi au dernier conseil, il fallut débattre de 293 délibérations suscitant 182 interventions, hors celles de l’exécutif, auxquelles s’ajoutaient 234 vœux provoquant 266 interventions pendant sept heures trente, soit 42% du temps de déroulement du conseil.

En voici un florilège des conseils d’hier et de demain : vœu visant à « dé-genrer » les écoles « maternelles » les mal nommées en « première école », vœu visant à supprimer les hôtesses du Tour de France, symbole sexiste d’une compétition exclusivement masculine, vœu relatif au fait que les frontières administratives ne stoppent pas les ondes électromagnétiques, vœu relatif à la dénomination “Fête de la Sainte-Catherine” pour y substituer l’appellation « Chapeau en Fête » ou « La Mode en Tête », ou pour adjoindre à l’appellation journées du patrimoine celle du « matrimoine », pour interdire l’ouverture de maisons closes pour poupées en silicone, vœu demandant au ministère de l’environnement une étude sur l’impact écologique de la suppression des trains de nuit Paris-Savoie, Paris-Nice, Paris-Cerbere/Port Bou, Paris-Hendaye/Irun, Port Bou, vœu relatif à la crise des ordures au Liban ( !) … et last but not least … vœu relatif au suivi des vœux adoptés en Conseil de Paris !

Comment dans cette confusion des genres qui ne respecte ni la hiérarchie des priorités, ni l’audience qu’il faudrait donner à tel ou tel sujet essentiel pour les parisiens, ne pas délayer l’intérêt, et la densité des débats, dans un enchainement frénétique d’interventions, caractérisées par des dépassements de temps de paroles incessants, par des estimations forcément approximatives du temps de déroulement des débats, et au bout du compte des bouleversement de séance, provoquant changements et autres inversions de l’ordre du jour.

Il est hasardeux, pour ne pas dire impossible, dans ces conditions, de respecter un ordre du jour digne de ce nom. Demi-journée, par demi-journée, on reporte et prolonge les débats, tout ceci s’alanguissant le dernier soir, par la dernière séquence, dans une ambiance de veillée désenchantée, laquelle, faute d’élus en rangs serrés, et d’effets d’éloquence stimulant, s’éternise dans d’interminables soliloques monocordes jusqu’à minuit.

Ni les fonctionnaires de la ville, ni les élus, n’ont mérité un tel supplice, néanmoins compensé généreusement par quelques sandwichs à la buvette.

C’est en augmentant le nombre de Conseils, en délégant aux commissions l’examen des délibérations de dénominations de rues ou de places et des vœux, dont il faudrait par ailleurs limiter les abus, en réglementant de façon plus stricte les temps de parole, les amendements en séance, les auditions des conseils de démocratie participative, la transmission en amont des communications, documents de travail, et en réservant les interruptions de séance à des motifs exceptionnels, qu’on devrait pouvoir travailler efficacement comme les Parisiens sont en droit de nous le demander.

 

Eric Azière

Président du groupe UDI-MoDem du Conseil de Paris

Conseiller de Paris (14ème)

Conseiller de la Métropole du Grand Paris