Paris, le 20 mars 2018

 

Que la Maire de Paris propose d’offrir aux Parisiennes et aux Parisiens la gratuité des transports en commun semble de prime abord la moindre des choses après l’échec du service Vélib’, inopérant depuis des mois.

Voilà une idée qui parait séduisante, et qui, présentée dans les grandes lignes, aurait le mérite de la modernité.

Mais à y regarder de plus près, le groupe UDI-MoDem du Conseil de Paris se demande s’il s’agit véritablement d’un cadeau, tant pour le portefeuille des Parisiens que pour leurs conditions de transport.

Comme d’habitude, Anne Hidalgo est généreuse avec l’argent des autres. Il faut que cette proposition s’adosse à une véritable crédibilité économique et financière. Le Pass Navigo est actuellement cofinancé par les usagers, mais aussi leurs employeurs. Augmenter la participation des employeurs risquerait d’être un frein à l’attractivité économique, tout comme augmenter la fiscalité directe des Parisiens ferait de cette mesure un cadeau pas vraiment désintéressé.

De plus, il est probable que la Maire de Paris ne prenne pas le métro tous les jours, auquel cas elle aurait pu se rendre compte de l’indigence actuelle des conditions de transports. Un constat de saturation, au-delà des heures de pointe, à cause d’un manque d’anticipation de la hausse de la fréquentation, depuis plusieurs années, que nous ne cessons de dénoncer. Cette saturation risque d’être amplifiée par une telle mesure. Dans les mois qui ont suivi la mise en place de la gratuité des transports en commun dans les villes de Dunkerque, Aubagne ou Châteauroux, la fréquentation des transports a en effet, au minimum, doublé.

Ce constat de saturation à l’extrême concerne également de plus en plus de lignes de bus, et qui risquent une thrombose supplémentaire pour peu que des centaines de milliers de voyageurs supplémentaires, alléchés par l’aubaine de la gratuité, viendrons abonder.

Simultanément à une étude sur la gratuité des transports, ce dont Paris a besoin, c’est d’un audit, ligne de métro par ligne de métro, ligne de bus par ligne de bus, et d’une étude sur les moyens visant à ralentir la saturation des transports en commun, notamment sur l’assouplissement des horaires de bureaux, l’évolution du matériel mais aussi l’augmentation de la fréquence des rames, pour que les heures de pointe ne soient plus un enfer.

Enfin, se pose la question très importante de l’équité entre les Parisiens et les Franciliens. On ne peut imaginer que le Pass Navigo soit gratuit pour les uns et payant pour les autres. Poser ce débat au niveau métropolitain ou régional échappe à la seule compétence de la Maire de Paris, et coûterait près de 4 milliards d’euros, montant actuel de la contribution de tous les usagers à Ile de France Mobilités. Ceci rend encore plus complexe cette proposition, qui mérite que le travail soit réellement approfondi, et mené avec sérieux, sans arrières pensées électorales.

 

Eric Azière

Président du groupe UDI-MoDem du Conseil de Paris

Conseiller de Paris (14ème)

Conseiller de la Métropole du Grand Paris