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Trop souvent en politique, le “principe d’opposition”, fait en sorte, pour une opposition classique, de ne jamais rien proposer qu’elle pourrait obtenir, et de ne jamais rien soutenir qu’elle aurait pu proposer. Ce n’est pas notre conception de la démocratie. Une opposition, sans proposition, n’est qu’une posture politicienne grimaçante, rongée par la démagogie de l’obstruction. Au Conseil de Paris, le Groupe UDI-MoDem est, depuis deux ans, dans une opposition constructive, différente, déterminée, mais jamais dans l’affrontement systématique, ni dans l’alignement, ou le ralliement.

Il fallait repenser l’opposition à Paris, une opposition ferme, mais pas fermée. Pour nous, centristes, s’opposer c’est proposer.

La réforme du statut de Paris a ainsi été l’occasion d’avancer sur des sujets qui nous sont chers : mise en place d’une police de proximité et une véritable décentralisation des compétences aux maires arrondissements. Le projet final ne va pas aussi loin que ce nous aurions souhaité, mais c’est un premier pas que nous avons souhaité accompagner, tout en nous opposant à la fusion des 4 premiers arrondissements.

En matière d’urbanisme, le Groupe UDI-MoDem met la “qualité de ville” au centre de ses préoccupations : une ville qui s’adapte aux attentes de sa population, des entreprises, des nouvelles technologies avec notamment l’émergence de nombreux incubateurs de start-ups dans la capitale, de nouveaux modes de consommation avec ses nouveaux besoins en logistique urbaine. Nous ne céderons ni au conformisme de l’éternel opposant, ni au scepticisme bon teint, face aux défis de la modernité urbaine. L’appel à projets urbains innovants, “Réinventer Paris”, a été l’occasion de mesurer à quel point il fallait faire confiance à l’imagination du secteur privé. Il faudra recourir à cette méthode ces prochaines années aux portes de Paris et pour “Re-panser le Périphérique” comme nous l’avons proposé, cette fracture urbaine qui déchire aujourd’hui plus que jamais, notre agglomération métropolitaine.

En matière de santé, nous avons impulsé une dynamique de proposition en réclamant que l’expérimentation d’une salle de consommation à moindres risques, appelée “salle de shoot” par ses détracteurs, soit conditionnée à son adossement à une structure hospitalière. Le groupe UDI-MoDem a également initié la constitution d’une Commission dédiée à la “e-santé” afin d’améliorer l’accès aux soins de tous les Parisiens en fluidifiant les parcours de santé.

Enfin nous avons également salué l’action internationale de la Maire de Paris, qui a permis à la capitale de gagner en rayonnement sur la scène mondiale, notamment par le concept de diplomatie des villes, la coopération décentralisée, et bien entendu la candidature de Paris aux Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, gestion calamiteuse du dossier Roland-Garros mise à part…

Cependant, logement, propreté, circulation, stationnement, transports, pollution, développement économique et tourisme, gestion budgétaire et financière, mais aussi une gouvernance participative manquant de sincérité, restent les gros points noirs de la politique municipale.

La demande de logement à Paris est multiple et demande une diversité de réponses. Hélas, depuis 2014 on crée l’illusion d’une profusion de logements sociaux avec un objectif de “fausses créations” de 7.000 logements reposant pour moitié sur la suppression de logements intermédiaires et non sur la construction de logements neufs. C’est une politique exclusivement tournée vers un logement social de “classes”, peu soucieuse des classes moyennes, d’un parc locatif privé en proie à “l’airbnbisation” et totalement ignorante des propriétaires parisiens. Tout ceci laisse penser que le logement est perçu par l’exécutif comme un outil politique. C’est une orientation que nous ne pouvons soutenir.

La “gouvernance du diktat” en matière de politique des transports, de la circulation et du stationnement de l’équipe municipale est également un profond sujet de désaccord. Piétonniser les voies sur berges rive droite? Pourquoi pas? Mais pas sans concertation avec les Parisiens et les banlieusards, ni plan pour repenser la traversée ouest-est de la capitale. Réduire le trafic automobile pour mieux lutter contre la pollution atmosphérique ? Encore faut-il proposer des moyens de transports alternatifs viables alors que métros et RER ont épuisé leurs capacités d’absorption de nouveaux usagers. Réduire le nombre de places de stationnement en surface? Oui, mais encore faudrait-il que cela soit compensé par d’autres offres de stationnement, souterrain ou en périphérie.

La saleté de nos rues revient au premier plan de l’exaspération des Parisiens. Avec un budget pourtant conséquent, la mairie ne parvient pas à éviter les dépotoirs que deviennent parfois les rues parisiennes. Nous avons pourtant alerté l’exécutif sur la nécessité de réorganiser les services de propreté, où le taux d’absentéisme atteint tous les records, en déléguant une partie des ressources humaines aux arrondissements afin de rendre plus rapides les interventions de nettoyage. C’est un grand échec de ce début de mandature.

Le manque de vision en termes de développement économique et touristique forme également l’une de nos principales inquiétudes. Aujourd’hui, les négociations au sein des entreprises, groupes ou secteurs concernés par l’ouverture des commerces le dimanche sont au point mort, et la Maire de Paris reste les bras croisés, au nom de principes idéologiques dépassés. Pourtant, les enjeux en termes de tourisme sont capitaux, tant cette industrie est déjà le principal moteur de l’attractivité économique parisienne. A ce titre, il est anormal que la Ville de Paris ne mette pas tout en œuvre pour se doter d’un Marché de Noël des Champs-Elysées digne de ce nom!

La gestion budgétaire de la collectivité parisienne n’a elle non plus rien de responsable, tandis que 9,5 milliards d’euros sont dépensés chaque année, sans se soucier des conséquences d’une dette qui aura quintuplé au 31 décembre 2016 par rapport à 2001, pour atteindre plus de 8,7 milliards en 2020. Alors que 300 millions manquaient pour la construction du budget 2015, l’histoire se répète inexorablement en 2016 avec un “trou” de 400 millions… Cependant, jamais à court d’idées quand il s’agit de renflouer les caisses, l’exécutif augmente les taxes, en invente de nouvelles, sous prétexte d’une prétendue “modernisation” de sa gestion.

Nous avons également été déçus par la gouvernance participative proposée par la Maire de Paris. Budget participatif, Conseil des Générations Futures, la Carte de Citoyen, La Nuit des débats… nous avons accueilli avec indulgence ces nouveaux outils qui ne manquent pas de séduction apparente, mais force est de constater que nous sommes encore loin de leur l’appropriation pleine et complète par les Parisiens. Jusqu’ici ils sont loin de jouer un rôle de renforcement de la consultation permanente des parisiens. Il est anormal que la démocratie participative s’arrête là où commencent les sujets structurants tels que la fermeture des voies sur berges, ou la fusion des arrondissements.

C’est à ces questions, mais également à bien d’autres, que l’exécutif devra répondre dans les années qui viennent. Au Groupe UDI-MoDem nous serons toujours aussi constructifs quand l’intérêt général des Parisiens nous semblera pris en compte, toujours aussi participatifs par nos propositions, nos initiatives politiques, nos contributions aux débats, toujours aussi critiques quand le logement des Parisiens, leurs déplacements, la propreté de nos rues… entre autres, seront malmenés.

Bon anniversaire, madame la Maire!

Eric Azière

Président du groupe UDI-MoDem du Conseil de Paris

Conseiller de la Métropole du Grand Paris