Paris, le 25 mars 2016

La communication de la Maire sur la gestion locative s’appuie innocemment sur les axes d’amélioration de la qualité de vie dans le logement social : améliorer la participation des locataires à la vie de l’immeuble, améliorer la sécurité et le matériel, et améliorer la mobilité dans le parc social.

Trois priorités qui sont parfaitement connues de tous les acteurs du secteur de l’immobilier social, associations de locataires, bailleurs, et autres agents sociaux.

Loin des idéaux de la démocratie participative, vantée depuis un an comme l’Alpha et l’Oméga de la gestion municipale, c’est cette fois à un « Avis citoyen » qu’on fait appel pour légitimer une politique inédite d’encadrement social, culturel, et politique, des 450 000 locataires du parc social à Paris.

Cet « avis citoyen » sur lequel va reposer les propositions qui vont être faites, soit disant écrit par le peuple des locataires des logements sociaux, est en réalité, produit par 19 locataires choisis soigneusement, un « vrai-faux panel » qui avoue lui-même ne pas être conforme «  à la représentativité de la population résidant dans le parc social parisien ». C’est ce que la maire de Paris appelle : « une contribution décisive pour la ville et les bailleurs, écrites par les locataires ».

Pour présider ce nouveau groupe de pilotage du logement social, c’est bien évidemment à Ian Brossat, un des marqueurs de gauche de la politique municipale, qu’on fait appel, entouré d’un comité d’une vingtaine de membres choisis par la mairie. La boucle est bouclée. Le centralisme démocratique … il n’y a que ça de vrai !

Le but de l’opération, est de créer dans chaque immeuble HLM, ou chaque cage d’escalier, une « associations de locataires » à qui on confiera, la représentation des locataires pour la gestion des relations entre les locataires et les bailleurs sociaux, l’animation et le contrôle de la vie de l’immeuble, mais aussi, toutes les formes de participation des locataires, les bonnes relations de voisinages, et le respect par le bailleur en termes d’animation culturelle, de végétalisation, de diversité et de vitalité du commerce de proximité. Rien que ça !

Tout ceci sera consigné dans une « Charte d’objectif et de moyens » imposée aux bailleurs, sur le respect de laquelle l’adjoint au logement veillera comme sur ses propres convictions communistes.

 

 

Comme si ça ne suffisait pas, les bailleurs devront aussi, s’appliquer à eux-mêmes, la « Charte des Droits et des Devoirs » afin de garantir à chaque association crée, un total respect.

Entre les deux « Chartes » les bailleurs seront dans un étau parfait.

Exit les enquêtes annuelles de satisfaction des bailleurs. Quant aux gardiens d’immeubles, grandes associations représentatives des locataires, médiateurs des bailleurs sociaux : circulez, il n’y a rien à voir !

Le mode opératoire est prêt avec le « kit associatif » à la disposition des locataires militants les plus motivés, contenant : des statuts types, et un formulaire de dépôts de l’association à la préfecture de police de Paris. C’est ainsi qu’autrefois dans les formations politiques on apprenait aux futurs candidats aux élections locales, à s’implanter.

Pour s’assurer que ces milliers d’associations à venir, appliqueront uniformément les directives venues d’en Haut, la mairie fournira évidemment une « boîte à outils » d’actions prêtes à l’emploi. Soucieuse que les associations prennent bien la mesure de leurs pouvoirs, le « kit associatif» comportera aussi les droits conférés par les 2 Chartes aux groupements de locataires en matière de dialogue et de concertation avec le bailleur social.

Et dire que dans un élan de sincérité, le panel, auteur de « l’Avis Citoyen » voulait « ne pas tomber dans le piège d’une institutionnalisation du modèle de participation des locataires »… c’est vraiment raté !

C’est à une syndicalisation complète des habitants du parc social parisien qu’on assiste ainsi.

D’ailleurs pour inscrire l’existence de ces associations dans une tradition syndicale séculaire, l’exécutif parisien prévoit de mettre à leur disposition un local dans chaque immeuble, un tableau d’affichage, un espace de tribune libre dans les journaux des bailleurs, une page Facebook, une page internet … tous les ingrédients d’une implantation militante, syndicale, et ses dérives politiques inévitables, sont là.

Plus un immeuble, plus une résidence, sans son « syndic ».

On voudrait monter front contre front, les locataires contre les bailleurs, communautariser la vie des immeubles, on ne s’y prendrait pas autrement.

Il reste à fournir à ce nouveau réseau, son nerf de la guerre, car la mairie de Paris, installe ces milliers d’associations, pilote leur action, encadre les bailleurs, mais bien sûr … mais  la Mairie ne finance pas ! Ce sont les bailleurs qui seront priés de consacrer 1 million d’euros, la première année, dans un grand élan spontané, participatif.

Et ensuite …  on double les montants chaque année ?

Il y a un an, la Maire affichait un objectif de 30% de logements sociaux à horizon 2030.

Dans le même temps, elle installe des milliers d’associations dans chaque immeuble, faisant, par cette instrumentalisation de la représentation des locataires, peser un risque prévisible de politisation, de manipulation, d’inflation continue des budgets, de pression du collectif sur l’individu.

Pourrais-je ne pas adhérer à l’association de locataires de mon immeuble ? Faudra-t-il avoir la carte de l’association des locataires pour accéder à une mutation dans le parc social ?

Un bon locataire sera donc un locataire encarté !

Bref, alors que l’avis citoyen estime que « le système de représentation des locataires laisse notre groupe perplexe » …  le nouveau mode de gestion des locataires du parc social parisien laisse le Groupe UDI Modem inquiet.

 

Eric Azière

Président du groupe UDI-MoDem du Conseil de Paris

Conseiller de Paris (14ème)